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Marché global de performance (MGP) : conception, réalisation, exploitation

Marché global de performance : cadre L2171-3, objectifs mesurables, différence avec le marché de partenariat et stratégie d'accès pour les PME.

Par Romain Fumeron · CEO & Cofondateur — Tech & Commercial17 juin 2026
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Marché global de performance : conception, réalisation et exploitation liées par des objectifs chiffrés

Un acheteur public veut rénover un parc immobilier et garantir une baisse de 40 % des consommations énergétiques sur quinze ans. Plutôt que de découper le projet en lots successifs (études, travaux, puis maintenance), il confie l’ensemble à un seul opérateur, tenu à un résultat chiffré. C’est le principe du marché global de performance (MGP). Cette procédure dérogatoire bouleverse la logique habituelle des marchés publics : elle regroupe ce que le Code de la commande publique sépare d’ordinaire, et lie la rémunération du titulaire à l’atteinte d’objectifs mesurables. Pour une PME, le MGP est à la fois une porte qui se ferme (l’allotissement disparaît) et une opportunité réelle si elle sait se positionner. Cet article décrypte le cadre juridique, les conditions de recours, les pièges et la stratégie à adopter pour les entreprises qui veulent capter ces marchés.

Qu’est-ce qu’un marché global de performance ?

Le marché global de performance est défini à l’article L2171-3 du Code de la commande publique. Il associe l’exploitation ou la maintenance à la réalisation, ou à la conception-réalisation, de prestations, afin de remplir des objectifs chiffrés de performance. Ces objectifs sont définis notamment en termes de niveau d’activité, de qualité de service, d’efficacité énergétique ou d’incidence écologique.

Trois caractéristiques le distinguent d’un marché classique :

  • Le périmètre est global. Un même titulaire prend en charge plusieurs prestations qui, normalement, feraient l’objet de marchés séparés : par exemple la conception, les travaux et l’exploitation d’un équipement.
  • La performance est contractuelle et mesurable. Le marché fixe des engagements chiffrés (kilowattheures économisés, taux de disponibilité d’un bâtiment, indicateurs de qualité de service). L’atteinte de ces seuils est vérifiée pendant toute la durée du contrat.
  • La rémunération peut être liée à l’atteinte des objectifs. Le contrat peut prévoir des pénalités ou un intéressement selon les résultats réels constatés, ce qui transfère une partie du risque de performance vers le titulaire.

Le MGP appartient à la famille des marchés globaux (articles L2171-1 et suivants), qui dérogent au principe d’allotissement. Cette dérogation est l’enjeu central pour les PME, nous y revenons plus bas.

MGP, conception-réalisation, marché global sectoriel : ne pas confondre

Le Code prévoit trois marchés globaux distincts. Les confondre conduit à mal lire un avis de publicité.

Le marché de conception-réalisation (article L2171-2) confie à un même opérateur les études et l’exécution des travaux. Il déroge à la séparation traditionnelle entre la maîtrise d’œuvre et l’entrepreneur. Son recours est conditionné : il faut un motif d’ordre technique (process complexe, dimensions exceptionnelles) ou un engagement contractuel de performance énergétique. Il n’inclut pas nécessairement d’exploitation.

Le marché global de performance (article L2171-3) va plus loin : il ajoute systématiquement une dimension d’exploitation ou de maintenance, articulée à des objectifs chiffrés. C’est cette combinaison « construire + exploiter + garantir un résultat » qui le caractérise.

Le marché global sectoriel (article L2171-4) est réservé à des domaines limitativement énumérés (besoins de la police, de la gendarmerie, des armées, des établissements de santé, par exemple). Il obéit à une logique propre indépendante de la performance.

Pour bien situer ces procédures parmi les autres outils contractuels, notre guide complet sur l’accord-cadre et les marchés à bons de commande éclaire les montages voisins fréquemment utilisés par les acheteurs.

Marché global de performance ou marché de partenariat ?

C’est la confusion la plus coûteuse, car les deux contrats semblent proches : un opérateur unique qui conçoit, réalise et exploite. La différence tient au financement.

Le marché de partenariat (ex-partenariat public-privé) confie au titulaire le préfinancement de l’investissement : l’opérateur avance les fonds, et la personne publique le rémunère par des paiements différés étalés sur la durée du contrat. C’est un montage lourd, encadré par une évaluation préalable et un bilan favorable obligatoires.

Le marché global de performance, lui, interdit le paiement différé. L’acheteur règle les prestations selon les règles classiques de la commande publique, au fur et à mesure de leur exécution. Le titulaire ne porte pas le financement de l’ouvrage. Cette distinction change tout pour les candidats : le MGP reste accessible à des entreprises qui n’ont pas la surface financière d’un grand groupe capable de préfinancer un investissement pendant vingt ans.

Cette frontière rejoint celle qui sépare un marché d’une concession : pour creuser la logique de transfert de risque et de rémunération, voir notre article sur la concession, la DSP et leurs différences avec le marché public.

Le contenu obligatoire d’un MGP

Plusieurs mentions structurent un marché global de performance et doivent figurer dès le dossier de consultation :

  • Des objectifs de performance définis et mesurables. C’est la condition de validité du recours. Sans indicateurs chiffrés et vérifiables, le marché ne peut être qualifié de MGP. L’acheteur précise les seuils attendus et les modalités de mesure.
  • L’identité du maître d’œuvre. Lorsque le marché porte sur un ouvrage de bâtiment, l’offre doit identifier l’équipe de maîtrise d’œuvre et la mission qui lui est confiée, afin de garantir la qualité architecturale.
  • Un système de mesure et de contrôle. Le contrat décrit comment la performance sera relevée pendant l’exécution (capteurs, audits, reporting) et les conséquences en cas d’écart (pénalités, plan de remédiation).
  • La durée d’exploitation ou de maintenance. Elle doit être cohérente avec les objectifs : garantir une performance énergétique suppose un engagement pluriannuel.

La logique de performance environnementale recoupe directement les exigences montantes de la commande publique durable. Les acheteurs s’appuient de plus en plus sur des critères RSE et environnementaux dans les marchés publics, et le MGP est l’un des véhicules privilégiés pour matérialiser ces engagements sur la durée.

Allotissement et part PME : l’enjeu décisif

Le principe directeur de la commande publique est l’allotissement : un marché doit en principe être divisé en lots pour faciliter l’accès des PME. Les marchés globaux y dérogent par nature, puisqu’ils regroupent les prestations. C’est précisément ce qui inquiète les petites structures, souvent écartées des grands montages globaux.

Le législateur a prévu un garde-fou. Pour les marchés globaux, l’acheteur fixe une part minimale de prestations qu’il s’engage à confier, directement ou indirectement, à des PME ou à des artisans (article L2171-8). Le titulaire doit donc sous-traiter ou cotraiter une fraction du marché avec ces entreprises, et cette part devient un critère d’attribution.

Concrètement, pour une PME, trois voies d’accès existent :

  1. Intégrer le groupement candidat en amont, comme cotraitant porteur d’une expertise (efficacité énergétique, lot technique spécialisé). Notre guide sur le groupement d’entreprises et la cotraitance détaille comment structurer ce type de candidature.
  2. Se positionner comme sous-traitant du titulaire pressenti, en valorisant la part PME réservée. Les règles à connaître sont dans notre article sur la sous-traitance dans les marchés publics.
  3. Démontrer une capacité de performance : sur un MGP, ce n’est pas la taille qui compte mais la capacité à garantir un résultat chiffré. Une PME spécialisée peut être plus crédible qu’un généraliste.

Pour comprendre en profondeur les ressorts de la dérogation à l’allotissement et ses conséquences stratégiques, consultez notre analyse dédiée à l’allotissement et sa portée pour les PME.

Critères d’attribution : le coût global prime

Sur un MGP, le prix d’achat initial ne suffit pas à juger une offre. L’acheteur raisonne en coût global : investissement initial plus coûts d’exploitation, de maintenance et d’énergie sur toute la durée du contrat. Une solution plus chère à la construction mais sobre à l’usage peut donc l’emporter.

Les candidats doivent en tirer plusieurs conséquences dans la construction de leur mémoire technique :

  • Chiffrer le coût d’exploitation de façon transparente et le relier aux objectifs de performance annoncés.
  • Documenter les engagements par des méthodes de calcul, des références mesurées sur des projets comparables, des garanties contractuelles. Une promesse non étayée se retourne contre son auteur.
  • Anticiper les pénalités. Un engagement de performance non tenu déclenche des sanctions financières pendant des années. Le chiffrage doit intégrer cette marge de risque.

Cette exigence de preuve chiffrée est la même qui structure la sélection sur des marchés de travaux complexes ; notre guide des appels d’offres BTP et marchés de travaux en donne des illustrations concrètes.

Avantages et limites pour les candidats

Le MGP présente des atouts réels. L’opérateur maîtrise la chaîne de bout en bout, ce qui aligne ses intérêts sur la durée : bien concevoir pour bien exploiter. Les contrats sont longs, donc porteurs de chiffre d’affaires récurrent. Et la logique de performance valorise l’expertise technique plus que la seule capacité financière.

Les limites sont tout aussi nettes. Le transfert du risque de performance est lourd : un objectif manqué pèse sur la rentabilité pendant toute la durée du contrat. La candidature mobilise des compétences pluridisciplinaires (conception, travaux, exploitation, mesure), difficiles à réunir seul. Enfin, la complexité du dossier de consultation et la durée de la procédure exigent un investissement commercial conséquent, qu’il faut sécuriser par une décision de réponse rigoureuse. Un scoring Go/No-Go appliqué dès la publication évite de brûler des ressources sur un marché global hors de portée.

Conclusion

Le marché global de performance n’est pas un PPP déguisé : il interdit le paiement différé et reste accessible aux entreprises qui n’ont pas vocation à préfinancer un investissement. Sa logique est ailleurs, dans l’engagement chiffré et vérifiable sur un résultat. Pour une PME, la clé est de transformer la dérogation à l’allotissement en opportunité, en se positionnant via la part PME réservée, la cotraitance ou une expertise de performance crédible. La condition de réussite est documentaire : chaque engagement doit être étayé par des données, des méthodes de calcul et des références mesurées, faute de quoi les pénalités contractuelles se déclenchent. C’est exactement là que la rigueur du mémoire technique fait la différence.


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